Son histoire
Surnommée « Mama Africa », Miriam Makeba demeure l'une des plus grandes figures de la musique africaine et de la lutte contre l'apartheid. Durant plus de trente ans d'exil, sa voix a porté bien au-delà des frontières de l'Afrique du Sud un message de liberté, de justice, de paix et d'unité.
Née Zenzile Makeba Qgwashu Nguvama le 4 mars 1932 à Johannesburg, son destin est marqué dès ses premiers jours. Quelques semaines après sa naissance, elle est emprisonnée avec sa mère pendant six mois, cette dernière ayant brassé de la bière artisanale pour subvenir aux besoins de sa famille. Son père décède lorsqu'elle n'a que six ans, laissant sa mère élever seule ses enfants dans des conditions particulièrement difficiles.
À l'âge de vingt ans, Miriam travaille comme domestique et laveuse de taxis tout en élevant sa fille Bongi. Passionnée de musique, elle rejoint d'abord le groupe Cuban Brothers, puis devient choriste des Manhattan Brothers en 1952. C'est à cette époque qu'elle adopte le prénom de scène Miriam, sous lequel elle deviendra mondialement célèbre.
Son talent lui ouvre rapidement les portes de la scène internationale. Mais pour elle, la musique n'est pas seulement un art : c'est aussi une arme contre l'injustice. À travers ses chansons, elle dénonce les violences du régime d'apartheid et les conditions de vie imposées à la population noire sud-africaine.
En 1956, elle enregistre Pata Pata, un titre devenu un immense succès international et l'une des chansons africaines les plus célèbres de tous les temps. Derrière cette réussite se cache toutefois une réalité douloureuse : son engagement politique lui coûte cher.
Après son apparition dans le film Come Back, Africa, qui dénonce ouvertement l'apartheid, le gouvernement sud-africain lui retire son passeport, interdit ses disques et l'empêche de rentrer dans son pays. Commence alors un exil qui durera plus de trois décennies.
En 1960, lorsque sa mère décède, Miriam Makeba n'est même pas autorisée à assister à ses funérailles. Cet événement restera l'une des plus grandes blessures de sa vie.
Depuis l'étranger, elle poursuit sans relâche son combat. Devant les Nations Unies, elle multiplie les discours condamnant l'apartheid et appelle la communauté internationale au boycott du régime sud-africain. Son courage lui vaut le soutien de nombreuses personnalités africaines, notamment Kwame Nkrumah, Ahmed Sékou Touré et Julius Nyerere, qui voient en elle une ambassadrice de la liberté africaine.
Installée un temps aux États-Unis, elle s'engage également aux côtés du mouvement américain des droits civiques. Son mariage avec Stokely Carmichael, figure emblématique des Black Panthers, entraîne cependant de nouvelles pressions politiques, l'obligeant à quitter les États-Unis pour s'installer en Guinée.
Plus tard, la Tanzanie lui remet un passeport qui symbolise pour elle bien plus qu'un simple document de voyage. Elle dira alors qu'elle s'est sentie, pour la première fois, non seulement Sud-Africaine, mais profondément Africaine.
Toute sa vie, Miriam Makeba rêve d'une Afrique unie, libre et réconciliée. Même après la chute de l'apartheid et son retour dans son pays à la libération de Nelson Mandela, elle continue d'appeler au pardon et à la coexistence pacifique :
« Les Noirs et les Blancs doivent apprendre à se connaître, à vivre ensemble. »
En 1999, son engagement humanitaire est reconnu lorsqu'elle est nommée Ambassadrice de bonne volonté de l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO).
En 2005, elle annonce officiellement la fin de sa carrière artistique, tout en poursuivant ses actions en faveur des droits humains, de la paix et de la solidarité.
Le 9 novembre 2008, Miriam Makeba s'éteint à l'âge de 76 ans, victime d'un malaise cardiaque à l'issue d'un concert organisé en soutien à l'écrivain italien Roberto Saviano, menacé par la Camorra après la publication de son livre Gomorra.
Son héritage dépasse largement le cadre musical. Par son courage, son engagement et son immense talent, Miriam Makeba est devenue l'un des symboles les plus puissants de la dignité africaine et de la lutte contre toutes les formes d'oppression.
Aujourd'hui, le Prix international Miriam Makeba continue d'honorer les artistes africains dont la créativité contribue au rayonnement culturel du continent et perpétue les valeurs qu'elle a défendues toute sa vie : la liberté, la justice, la paix et l'unité.
